C'est mon aventure


Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 17:53
- Par Julien HOLTZ - Publié dans : C'est mon aventure

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Bon mon père (Gérard, casque rouge, 2ème en partant de la droite) et moi (casque noir et lunettes de vue) avons beau grimacer dans l'effort, je peux vous jurer que c'est du pur plaisir !!! Et qui plus est quand il s'agit de rouler avec des amis : Antoine et Henri Sannier.

Merci à Jean Pierre et Laetitia pour la photo !

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Jeudi 13 septembre 2007 4 13 /09 /Sep /2007 13:08
- Publié dans : C'est mon aventure
Comment peut-on être passionné de vélo et abandonner ... renoncer ... ?


Samedi matin, 6h45, le télphone d'Antoine sonne avec une mélodie techno  pour nous donner d'amblée le rythme. J'ouvre un oeil puis le deuxième ,  je sais qu'aujourd'hui je vais souffrir ... vais-je prendre du plaisir aussi ?

Mon père  avait coché cette date du Samedi 8 septembre depuis le Tour de France. Il y avait emmené son vélo, un magnifique LOOK 595 , qu'il a enfourché plusieurs fois après avoir clos ses directs tv sur les  lignes d'arrivées. Très bien pour décompresser du stress du direct. Les routes de Corse et du tour d'Alsace ont parfait sa condition physique de sexagénaire.

Mon frère Antoine, quant à lui, a une caisse et une classe  innée. Quand il touche à un sport, il sa hisse à un haut niveau  avec un naturel épatant. Un karting il bat David Terrien (champion du monde de kart) lors des 24h du Mans 4 temps, en alpinisme il gravit 2 fois le Mont Blanc et se permet d'épuiser le guide en courant lors de la redescente, au tennis il envoie des pralines, en foot, il a été en huitième de finale de la coupe du monde des jeunes en finlande. Il s'est lancé dans la course avec seulement 250 km d'entrainement dans les 15 derniers jours.

Antoine et "papa", se lance donc avec moi dans la Ronde Picarde 2007, la course  cyclosportive organisée par Sport Communication et popularisée par Henri Sannier (Maire du village d'arrivée : Eaucourt Sur Somme).  188 km de  routes vallonnées, de relances, de bosses, de descentes étriquées, de sueur, de coeur au bord des lèvres, ...

Il y a deux ans,  j'arrivais à finir à 10 min des  premiers.  Cette année, manque d'entrainement, surpoids, fatigue nerveuse ont  limité mes capacités. Je suis parti "en dedans", ça faisait déjà quelque jours que je gambergeais , à me dire que j'allais en chier, qu'il me faudrait m'accrocher terriblement.

Comme je connaissais la course, j'ai expliqué comment cela allait se dérouler, j'ai donné les quelques clés à Antoine pour qu'il ne se sente pas perdu et qu'il chope rapidement les bons réflexes.

7h, le ventre serré, nous déjeunons avec Henri. Les pates ont du mal à passer, je pense à tout ce que je dois prendre. J'enfile la tenue. Une tenue Look  que nous portons fièrement tous les trois pour faire honneur à l'entreprise et aux vélos de Dominique Bergin.

7h30, après avoir graissé ma chaine et vérifié la pression de mes pneus (8kg de pression) sous la caméra de france 3 picardie (Thibaut Rysman a fait un sujet très sympa d'ailleurs) ,  henri sonne l'heure du départ. 8 kilomètres dans le brouillard sur le petit plateau pour rallier Abbebille la ville de départ de la course. Tous les amis de Sannier ainsi que le club d'Eaucourt sur somme arrivent donc au dernier moment pour lancer la course. Nous nous positionnons dans le sas de départ.

8h Top départ, nous faisons les premiers tours de roues sur ... le grand plateau. Je me sens rouillé, fébrile, j'ai le bide déjà en vrac. Je reste dans la roue d'henri et de son fils antoine (tiens comme mon frère !). Mon père et mon antoine suivent aussi. Les coureurs qui veulent jouer la gagne nous doublent à gauche et à droite, la route est un peu humide, nous sommes à plus de 40 km/h de bon matin ... je redoute le 1er virage à angle droit, la première cote ensuite.

Avec papa et antoine, nous ne savions pas ou nous en êtions, avant la course. Nous avions décidé de rester dans le groupe Sannier. Mais dès la première cote, nous sommes montés "à notre main". J'interrogeais papa pour savoir ce que nous devions faire, il me répondit "montons et on les attendra ensuite". Sauf qu'en haut des bosses pour rester dans les groupes il faut relancer et serrer les dents ! Antoine avait mieux grimpé que nous et accroché les roues d'un groupe qui commençait à s'éloigner.

Nous nous sommes rassis et nous avons cherché les roues pour nous abriter. Nous étions 5-6. Virage à gauche, descente dangereuse, pas réveillé, brouillard, route humide. Premier virage : freinage violent que je n'avais pas anticipé, j'ai senti le vélo à la limite limite !!!J'ai vraiment failli me vautrer violent !

Je ne savais pas quoi faire, rouler ou attendre le groupe d'henir. Nous avons roulé avec peu de coureurs devant et derrières nous. Et nous sommes revenus sur mon frère lors de la deuxième côte. Ces côtes  du début de course, je ne les ai pas du tout appréciées. Sans sensations et sans sérénité.  Nous commencions à  former un groupe de valeur égale.  En haut de la 2ème bosse,  Antoine a sauté sa chaine. Il a perdu quelques secondes mais a réussi à rentrer dans le groupe.

En haut des bosses, mon père avait besoin de faire redescendre le coeur, il n'était  pas encore chaud.  Nous avons laissé partir devant nous des dizaines de coureurs  et quand c'était possible nous prenions une roue pour  reprendre un bon rythme.

Bertrand Lavelot  faisait la course en tandem avec sa compagne cette année. Sur la fin de la première heure nous l'avons rattrapé. Il était en compagne de José Vallée,  notre désormais vieux briscard au CSM Puteaux. Il roule sans compteur  et avec des boyaux.  Ils ont "fait le départ" (c'est à dire qu'ils ont roulé comme des brutes pendant les premiers km pour passer la première bosse en tête). Bertrand  m'a demandé de me caler dans sa roue lors d'une descente et  je vous garantis que j'avais une sensation de rouler comme une moto !  Sur les kilomètres suivants,  à la force des deux paires de jambes qui  poussaient le tandem,  ils  nous a ramenés sur des petites paquets devant et grace à lui nous avons formé un énorme peloton lancé sur une moyenne horaire de plus  de 35 km/h.

Au bout  d'une heure  et demi , une heure trois quart je sentais un léger coup de pompe.  Les effets de mon Red Bull avalé à la hate ce matin avant la course s'étaient estompés. Je dévorais alors une barre de céréales, j'engloutissais ce que je pouvais de ma gourde d'Hydrixir saveur thé vert. J'alternais déjà à ce moment de la course les moments de lassitude et les regains de forme ... bizarre bizarre.

En fait j'étais déjà au maximum de ce que je pouvais donner sur le vélo. Manque d'entrainement , 8 kg de plus que 2  ans auparavant. Epuisement nerveux suite à une année plein de rebondissements au boulot avec de très gros projets.

Je n'éprouvais aucune sensation, le paysage je le voyais à peine, les odeurs je ne les sentais pas. Je m'occupais juste à respirer, pédaler, garder la tête haute pour éviter les chutes,  rester dans les roues au maximum et tenir le choc.  Boire aussi, boire beaucoup. J'avais avec moi deux gourdes de 750 ml. Elles sont presque  passées toutes les deux lorsque j'étais sur le vélo !

Je compte les kilomètres qui me séparent  d'Ault, la ville  dans laquelle  nous allons établir le contact avec la mer.  Depuis quelques km,  je suis en dedans dans les descentes, je sens mes  avant bras se tendre, je perds de la souplesse dans mon pilotage, mes doigts sont crispés sur les freins.  Bizarre ...

La descente dans Ault ne fait pas exception, j'étais à quelques longueurs de mon père et antoine dans le peloton. Je  n'étais pas en état pour aller les  rejoindre meme si il ne fallait remonter que quelques coureurs.  C'est donc d'autres concurrents qui les  ont prévenus de passer sur le petit plateau pour enchainer sur le mur d'Ault après  lequel nous nous remettions tous "à la planche" en file indienne  pour revenir et reformer le peloton. J'avais encore les jambes pour monter et grapiller quelques places et revenir à la pédale parfois dans le vent.

J'avais quand même fait attention à ne pas trop me griller dans ce mur car je  sentais des débuts de crampes depuis déjà une demi heure.  Ca n'augurait rien de bon ...  Avoir des crampes au bout de 60 km dans une course de près de 200  km c'est  "un arrêt de mort" ... Avant même d'arriver sur Ault, j'avais donc dit à mon père que je  poserais probablement le pied au ravitaillement au bout de 95 km.  Lui  me disait, ok repose toi deux trois minutes et trouve ensuite un groupe  à ta main.

Sur la route entre Ault et le ravitaillement, 20 km de plat environ.  J'avais réussi à ne pas perdre les roues du groupe  où étaitent antoine et papa mais à quel prix. A plus de 35  km/h de moyenne avec les cotes les plus dures déjà avalées,  j'accusais sérieusement le coup ...  Je ne pensais qu'à m'arrêter au ravitaillement. Je commençais à faire des erreurs dans le peloton : prendre le vent, ne pas maintenir ma position, ne pas rester avec antoine et papa ...  Et ça roulait vite notamment à l'abord de la route à  travers les dunes de sable.  Et  j'avais du mal à ne pas sauter du groupe.  Mes cuisses me faisaient durement souffrir,  j'avais l'impression que des poings fermés me comprimaient les vastes internes.

Panneau "ravitaillement à 1 km" ... ouf ... Papa et antoine ne vont pas savoir que je me suis arrêté ... Au virage où sont postées les tentes et les tables, le peloton passe en file indienne. Moi je me fais comme éjecter par l'arrière et je  baisse les bras.  Une délivrance !  Je commence à descendre du vélo, je lève la  jambe droite pour  dés-enjamber mon cadre. Un  sévère crampe me prends derrière la cuisse , elle me force à  m'asseoir à même le bitumes, le vélo couché sur mes jambes. Un coureur sympathique vient me le prendre des mains pour le poser contre une barrière. Je suis là allongé sur le sol, seul dans ma souffrance, dans mon désarroi et dans un certain soulagement aussi. Les muscles gonflés de toxines,  des boules là où sont les crampes ...

Epilogue : Je suis resté presque une heure au ravitaillement à regarder les coureurs passer et discuter aussi.  Thibaut, mon meilleur ami m'embarque dans sa  voiture de presse,  nous remontons le groupe des Sannier qui va arriver tard mais à bon port !  Puis nous remontons un à un les coureurs jusqu'à 20km de l'arrivée où nous avons retrouvé le peloton que j'avais quitté.  Antoine et papa étaient sacrément fringant !  Il ne leur restait plus que  la cote de Long à franchir, dure dure  après 5 heures de vélo à bloc. Ils ont franchi la ligne ensemble, après 5h26 d'effort mais sans moi  parce que je n'ai pas été à la hauteur. Pas cette année ...  Je suis très fier de vous papa et antoine !

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Mercredi 22 août 2007 3 22 /08 /Août /2007 14:23
- Par Julien HOLTZ - Publié dans : C'est mon aventure

Bonjour à tous,
Aujourd'hui beaucoup de nostalgie m'envahit. L'année dernière à cette heure-ci, on se ré-encordait et on allait attaquer l'ascension de l'Aiguille du Gouter, étape préalable à la tentative du Sommet du Mont Blanc le lendemain.

Depuis ce matin je me repasse le déroulé de notre ascension. Elle n'a rien d'une prouesse ou d'un exploit. A mon niveau, c'en est un. C'est surtout une extraordinaire aventure humaine.

Itinéraire de l'ascension du Mont Blanc
Vous voyez, il est 14h30, je me dirige vers le couloir de la mort où s'est encore tué quelqu'un cet été. (événement relaté dans Le Parisien Aujourd'hui en France). Je pense fort aux 4 jeunes décédés en haut des Domes de Miage (Paris Match à écrit un article poignant sur le sujet).

Demain 8h30 cela fera un an que nous avons réussi le Mont Blanc ensemble avec mon père, mon petit frère, Eric Revel (lci), Sophie Revel, Didier Gustin, Philippe Bruet (canal +), Jacques Gautier (maire de Garches)

Rendez-vous sur ce site pour lire le récit de cette fabuleuse aventure.


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Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /Nov /2006 18:02
- Par Julien HOLTZ - Publié dans : C'est mon aventure



Mercredi 23 aout, il est 8h30. Tempête de ciel bleu. Le calvaire vient de s'achever. C'est comme quand on passe la ligne d'arrivée à la fin d'une cyclosportive de 200 bornes avec le vent dans le nez, sauf que là ... c'est la mauvaise carburation de notre moteur, le corps humain, qui nous épuise au fur et à mesure que l'on monte. J'ai écrit et mis en ligne un carnet de route sur mon site web pour partager cette expérience unique et donner pleins de détails aux internautes qui projettent de tenter l'ascension du  Mont Blanc .

Si je parle d'alpinisme sur un blog de vélo c'est que j'ai trouvé de très fortes similitudes dans l'expérience que j'ai vécu en gravissant le Mont Blanc :

    CYCLISME   ALPINISME
         
LE MATERIEL : besoin d'accessoires pour pratiquer   vélo, chaussures, casque, cuissard   crampons, batons, casque, piolet ...
         
RAPPORT A LA NATURE : sport outdoor, lutte  contre les "éléments"   Lutte contre le vent   Lutte contre la raréfaction de l'oxygène
         
GESTION D'UN EFFORT longue durée   cyclosportive de 190 km = 5h15   ascension Mont Blanc = 33 heures
         
DEFI PSYCHOLOGIQUE : ne baisser les bras sous aucun prétexte   Tenir pour rester dans le peloton de tête   Lutter contre soi même lorsque l'on souffre du mal de l'altitude
         
TECHNIQUE GESTUELLE : faire les bons gestes pour économiser de l'énergie   coup de pédale, cadence de pédalage, braquet, ergonomie   cadence de marche, vitesse ascensionnelle, maitrise crampons, technique d'escalade, maitrise cordée et équilibre





Je participais à la cordée de l'opération "La Montagne à l'état Pur" initiée par Jean Marc Peillex, le Maire de Saint Gervais, dont le slogan est : "Ne laissons dans la montagne que la trace de nos pas". J'ai suite à cette aventure humaine et physique rédigé un carnet de route détaillé (impressions, sensations, doutes, découverte, dépassement de soi, détails et étapes de l'ascension) pour à la fois marquer le coup et partager avec ceux qui projettent de grimper le Mont Blanc un maximum d'informations. Extraits du carnet route et moment forts de l'ascension :

Entre le Nid d'Aigle (2372 m) et le Refuge de Tête Rousse (3167 m) : " ... Poussière, terre, cailloux, rochers sont parsemés le long du chemin (...) Des petits pas, presque la moitié d’une foulée que nous ferions dans les rues de Paris. La tête mi baissée, non pas pour se recueillir mais pour observer les pas de celui qui précède. Un pas lent, des respirations profondes pour fuir l’essoufflement (...) Le 3ème tiers de la randonnée vers le refuge de Tête Rousse est le plus délicat comparativement au début depuis le Nid d’Aigle. La grimpette est plus verticale avec des lacets raccourcis. Quelques passages légèrement escarpés avec un câble en guise d’assurance ..."

Entre le Refuge de Tête Rousse (3167 m) et celui du Gouter (3817 m) : " ... Nous nous encordons les uns aux autres. Olivier notre guide sera le premier de cordée, (ayant le moins d’expérience) je serai deuxième et Antoine le dernier de notre cordée. Olivier passe la corde dans le baudrier d’Antoine et la noue autour de son mousqueton. Il tire environ 1,50m de corde puis la passe dans mon baudrier (...)

 « De loin cette aiguille du goûter ressemble à une falaise, d’en bas, elle semble moins pentue, et quand on est dedans finalement elle est quand même bien pentue !!! » (dixit Olivier Dufour). Nous allons passer trois heures pas forcément agréables où je vais me découvrir une appréhension certaine du vide, pas paralysante mais stressante au point que parfois je me mette à parler sèchement à Antoine ou Olivier Daligault lorsque j’ai une marche compliquée à franchir. Je me montre pour une fois à fleur de peau.(...)

Plusieurs fois, je marque un temps d’arrêt dans notre rythme d’ascension pour observer mes prises, voir où je pourrais poser successivement mes mains et mes pieds. Plus on peut se servir de ses bras et moins on accumule de fatigue sur les jambes qui seront l’élément moteur de la suite de l’ascension lors de la marche vers le sommet. Un effort accompagné des bras semble moins solliciter le cœur qu’un effort avec les jambes seules. Malgré tout j’arriverai au refuge avec une pointe au testeur à 164 pulsations / minute et une sensation d’essoufflement qui va disparaître aussi vite qu’elle n’est apparue. L’un des principaux savoir faire des guides est de savoir gérer le rythme. Olivier Daligault m’avouera plus tard qu’il est à 105 puls à la montée comme à la descente ! Étonnant. (...)

Véronique Billat conseille davantage une respiration profonde qu’une multitude de micro ventilations. En montagne, tout se fait lentement, on respecte le corps, on se respecte soi, on respecte l’élément qui nous entoure et nous accueille. Tout comme en plongée en bouteille, il faut avoir une grande conscience de son corps et de ses possibilités. Si l’on veut aller en haut, il ne faut pas avancer plus vite que son corps ne le dicte. La loi des randonnées en montagne n’est pas la même que celle d’une expédition en haute montagne. Les guides appellent ça une course. Mais en réalité, cela n’a rien d’une course. Pas le ryhtme, pas la vitesse, pas le chrono ... "

L'ascension du Dome du Gouter (3817 m - 4237 m) : " ... Ca crisse encore et toujours. Ma lampe frontale éclaire entre mes pieds et ceux d’Olivier Daligault. Mais je me force justement à viser ses pieds pour relever la tête, les épaules et le buste pour in fine ne plus glisser. Devant, de plus près que tout à l’heure, le ruban de lumière s’est transformé en des trios de lucioles avec des halos de lumières qui bougent sur la neige. Ces lucioles ne sont plus plaquées sur le décor, elles bougent et surtout il faut relever la tête pour pouvoir les apercevoir maintenant que nous sommes dans le mur. (...)

Mon guide, Olivier, a été extraordinaire dans cette aventure et en particulier à ce moment-là de notre ascension lorsque vers 4200 mètres, l’altitude se montre pernicieuse et vicieuse. Lorsqu’elle vous prend par derrière sans vous avoir prévenu. Parfois en foot, en rugby, les coachs remettent leurs joueurs dans le droit chemin en leur parlant, voire un poussant un coup de gueule à la mi-temps d’un match. Olivier a fait ça à travers son comportement. Il m’a écouté, en marchant, il m’a laissé m’exprimer, en marchant, il m’a aidé à libérer ce poids de la souffrance qui pesait de plus en plus lourd, en marchant, et c’est parce qu’il ne s’est pas arrêté pour écouter mes doléances et trouver des solutions que je lui suis reconnaissant. En ne s’arrêtant pas, il m’a tiré vers le haut, comme, quand je suis en peloton à Longchamp et que personne n’est là pour m’aider à rester dans les roues. En maintenant la vitesse de marche (parce qu’il sentait aussi que nous en étions capables), mon guide m’a forcé à passer au dessus de mes sensations. Merci Olivier ! ... "

 

L'ascension de l'Arête des Bosses au sommet (4550 m - 4810 m) : " ... Cette arête des Bosses ressemble à une lame de couteau avec quelques crans arrondis. Nous devrons slalomer d’un coté et de l’autre de ce fil de neige ténu en suivant une trace faite par les hommes, défaite par les chutes de neige, et refaite par les hommes. Le vide est à 2 pas, les crevasses nous attendent béantes, d’où nous sommes, nous ne les voyons pas mais elles sont juste à coté, là ! Les séracs qui paraissent si petits de Saint Gervais sont immenses ici.  (...)

Plus que jamais, désormais c’est un pied devant l’autre. Chaque pas est un effort dissociable des autres. Chaque pas compte. Le prochain comme le dernier qui nous sépare du sommet. (...)

Le souffle court, je n’écoute plus que lui. Le bruit de nos pas est encore plus caractéristique : ce crissement soyeux d’une semelle qui piétine et écarte les cristaux de neige et de glace. Les bras balans, je tente tant bien que mal de lever celui porte le piolet pour le planter en amont et m’en servir de point d’appui mais souvent peine perdue … J’ai le disque dur qui ralentit irrémédiablement, je sens revenir le dédoublement de personnalité (...)

Une fois repartis dans le ressaut au dessus du Rocher de la Tournette, (...)  je ne vois pas encore le sommet mais je le sens tellement fort juste là, derrière ce monticule hostile. Ma gorge se serre tout d’un coup et me remonte dans le nez … j’ai un poids sur l’estomac et sur la poitrine … j’ai du mal à respirer … j’essaie de prendre des respirations profondes mais ça ne passe pas … ça ne fait qu’empirer … une goûte commence à perler au creux de mon œil … c’est une larme ! Oui ce que je suis en train de vous décrire c’est l’émotion à l’état pur ! Je suis emporté dans de profonds sanglots. (...)

Chaque pas sur cette arête semble me coûter l’énergie de 100 pas en bas dans la vallée. J’ai l’impression qu’Olivier est notre bœuf et qu’il tire comme un forcené sa cordée vers le haut alors que non, Antoine et moi avançons comme il faut, sans trop tendre la corde qui nous relie à notre guide. Entre hallucinations et délires maniaco-psychotiques, je sens qu’il n’y a plus grand-chose à grimper. J’aperçois à portée de sprinter des paquets d’alpinistes qui ne bougent plus. Serait-ce le sommet ?

... "

J'espère vous avoir donné envie de lire en entier ce carnet de route sur mon site web www.julienholtz.com et j'espère qu'il vous donnera envie un jour de grimper le Mont Blanc !


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Jeudi 8 juin 2006 4 08 /06 /Juin /2006 11:46
- Par Julien HOLTZ - Publié dans : C'est mon aventure
17 degrés et 95 % d'humidité, vent d'ouest à 11 km/h, pas moins de 1300 fous furieux s'élancent pour les 189 kilomètres (La Master) ou 135 kilomètres (La Senior) de la journée.
 
 
 
 
Faire une demi heure de moins qu’en 2004
 
Départ en trombe, nous sommes à 50 km/h au bout de 300 m. Le peloton est compact, les coureurs qui veulent jouer une place au classement remontent partout, ils se faufilent. C’est limite dangereux car le cordon des premiers était constitué des accompagnateurs de Henri Sannier, le maire de la ville d’arrivée Eaucourt Sur Somme. Henri et son fils Antoine s’étaient positionnés au centre de la route dans le sas de départ, moi j’étais contre les barrières derrière la structure gonflable. Quand la meute allait être lâchée, il ne faudrait pas traîner sous peine de ne pas pouvoir passer sous l’arche ! Je dépasse Henri et Antoine, son fils, et je lance à ce dernier : « Salut Tonio ! Bonne route ! » … J’avais en effet prévu de faire la course du mieux que je pouvais avec pour objectif de faire une demi heure de moins qu’en 2004 sois 33 de moyenne et donc le Brevet d’Or. Lui, très fêtard dans l’âme, et également très tourné vers le collectif (un peu Saint Bernard sur les bords … ) allait faire la course avec et pour son père : pour l’abriter du vent et pour jouer le « porteur d’eau ». Une sécurité psychologique importante quand on sait qu’on va couvrir près de 200 bornes dans la journée. Antoine a d’ailleurs secouru le président de son club qui a cassé des rayons. Etonnant ! Lorsqu’on est plus enclin à subir des crevaisons !
 
Km 7 : le petit pont de fer distend le peloton jusqu’à le morceler
 
Direction Epagne Epagnette, sur une route roulante, plate et sinueuse. Deux voies, ce n’est pas de trop pour un peloton dense et fourni : plus de 1200 participants pour la Senior (140 km) et la Master (189 km) ! Rouler avec ceux qui font la courte, c’est d’ailleurs un peu trompeur car ont ne sait pas forcément les distinguer. Peut être y a-t-il une histoire de dossard … Nous quittons la route par un virage à droite pour entrer une première fois dans Eaucourt sur Somme. La route est humide, glissante, nous sommes tous tendus et concentrés. Je sens ma roue arrière qui s’échappe un peu dans le virage mais je contrôle. Après la traversée d’Eaucourt, nous sommes confrontés à une gros problème : un petit pont de 5-6 mètres ne comportant qu’une seule voie et de surcroît des trottoirs. Après les premiers, le peloton est obligé de poser pied à terre et de passer au ralenti. Evidemment, c’est la course, personne ne s’attend ! Le peloton se distend sur plusieurs centaines de mètres. La relance est terrible. Nous sommes en file indienne à 50 km/h sur des routes certes encore plates mais très sinueuses, dans une humidité ambiante.
 
 
 
Je suis au second plan avec le maillot blanc du Mécénat Chirurgie Cardiaque et le casque noir
 
 
Km 12 : perdu dans le brouillard
 
A l’amorce de la 1ère bosse, celle de Bailleul, je reviens sur un groupe qui se désagrège. Ceux qui ont « fait le départ » le paient cher. Je me faufile en essayant de donner un coup de pédale léger, véloce sur le 39 dents. Les premières bosses (la montée de Bellifontaine vers Bailleul - 400 mètres à 10%, Limeux, Oisemont, …) se montent entre 22 et 25 avec le jus et l’excitation du départ sans se faire vraiment mal. En haut, il faut que je m’accroche à la première roue que je trouve car ce qui est toujours très dur, si ce n’est le plus dur en vélo, ce sont les relances en haut des bosses. Si on est avec la tête de course, on se met déjà dans le rouge pour tenir dans les roues et on espère un ralentissement sur le replat mais ne comptez pas dessus ! Quand on subit la course à l’arrière du peloton de tête, il faut s’accrocher comme un damné en haut des bosses lorsqu’on repasse instantanément de 25 à 45. En haut de la 1ère bosse, virage à gauche vers une descente technique et un peu dangereuse dans les conditions climatiques du jour (brouillard épais, crachin) à travers champs, direction Bellifontaine. On ne voit pas à 10 mètres, la route est humide, les pneus, les patins de freins aussi. Rien de bon pour prendre des risques ! Je ne vois plus rien au travers de mes lunettes de vue pleines de buées, mon casque goutte déjà de transpiration et de condensation du crachin picard. Malgré tout, nous prenons une bonne vitesse de pointe en bas de la descente. Ce n’est pas très sérieux tout ça !
 
Avec des pneus (Michelin Pro Race) qui ont déjà 4600 km dans les gencives, j’ai donc fait la descente un peu sur la réserve mais de toute façon beaucoup plus vite qu’à l’entraînement. J’ai perdu le contact avec les coureurs avec lesquels j’avais fini la bosse précédente. Je me retrouve esseulé et en « chasse patate » à une petite centaine de mètres derrière un groupe qui se forme. Je les vois, ne pas lâcher, surtout, ne pas lâcher ! Je me motive au maximum pour produite et tenir un nouvel effort seul sur le plat sur environ 1 à 2 km en espérant que devant ça se relève un peu. Ce n’est jamais bon de se faire mal comme ça dès le début de course. J’ai l’impression de ne pas être très efficace, mais soit … le compteur oscille quand même entre 40 et 50 km/h ! Je reviens sur ce groupe désormais d’une quinzaine de coureurs au tout début de la 2ème bosse. J’aborde la 2ème bosse avec le palpitant un peu haut, le souffle haletant mais … je suis revenu sur un groupe, je vais donc être à l’abri enfin. C’est essentiel en course de rouler en groupe et je vais le vérifier dans la suite de cette cyclo. J’ai eu raison en tout cas de produire cet effort à ce moment-là pour ne pas perdre contact avec les poursuivants de la tête de course car je ne serai plus seul jusqu’à 7 km de l’arrivée. Au moment d’aborder cette cote, je suis un peu dans le dur, j’ai le couteau entre les dents et je serre les dents pour ne pas le lâcher. Cette année, à La « Chevreuse », le début de course avait été aussi mouvementé (lire plus bas), une chute m’avait obligé à un effort considérable et je rentrais sur le peloton de tête sur un petit secteur pavé cassant la vitesse avant la cote qui allait faire la sélection et où j’explosais.
 
 
 
C'est la fin d'une bosse, il faut vite reconstituer les groupe, je m'assois et me cale dans les roues
 
 
Km 40, Oisemont - Dargnies : portions roulantes entre 48 et 55 km/h pendant une demi heure
 
Je ne suis pas encore vraiment dans les roues, jusqu’au kilomètre 30 environ, je fais l’élastique avec l’arrière du groupe. Je perds 3-4 mètres, je reviens, je freine. Les descentes se font plutôt vite, et ceux qui sont un peu en surchauffe ne sont pas forcement très lucide sur le pilotage. Il faut néanmoins « faire la descente » pour ne pas reperdre contact et réduire à néant les efforts fournis pour revenir sur le paquet. Mon objectif pour les prochaines minutes : récupérer de mes efforts ! Nous revenons petit à petit sur des petits paquets, et d’autres rares reviennent de derrière. Le groupe va gonfler en quelques kilomètres de 15 à 30 puis 40 et 50 coureurs. Ca roule très fort ! Le rédacteur du compte rendu de la course sur velo101.com le décrit ainsi : « Dés le départ, les habitués se retrouvent en tête. Ce sont les coureurs de l'ACBB, les Cyfac Bouticycle au grand complet, les Fossé, imprimant un rythme encore inconnu sur une cyclo, enchaînant les premières bosses à fond de train ! Les premiers 50 kilomètres sont alignés à plus de 41 km/h ! ». 41 km/h pour le premiers à un train régulier, c’est plutôt digestible pas pour les groupes qui sont en chasse derrière et qui vont revenir sur la tête de course à km 50.
 
4 coureurs de l’ACBB en tête de peloton nous ramènent sur la tête de course à une cadence infernale : entre 48 et 55 km/h ! Je n’avais jamais fait ça ailleurs qu’à l’entraînement à Longchamp ! Je suis en queue de peloton, j’essaie de rester dans les dernières roues, à cette vitesse-là ce n’est pas une mince affaire mais tant qu’on a du jus pour revenir, il n’y a pas le feu au lac. La course se joue devant, plus très loin semble-t-il, mais je ne m’en occupe pas. Je reste concentré sur « ma course », mon aventure personnelle au sein du peloton. Je suis fixé sur mon objectif de 5h40 et pour cela, je ne dois pas me mettre dans le rouge et ne pas pouvoir récupérer ensuite, je dois accrocher un groupe sensiblement de mon niveau et participer raisonnablement au travail collectif avec qualités de base : régulier sur le plat et plutôt à l’aise sur les petites bosses avec le 39 dents.
 
Km 50 : peloton groupé, 150 unités … Ouf !
 
Point kilométrique 50 : J’aperçois les gyrophares de la voiture ouvreuse à 400 mètres devant, je crois halluciner : nous sommes en train de revenir sur la tête de course scindée en 2 groupes. J’aperçois dans le paquet le plus proche la tenue blanche Française des Jeux de Carlos Da Cruz en tenue d’hiver (cuissard long, haut épais). Selon le récit sur velo101.com, il était en train de ramener le groupe intercalé entre le notre et la tête de course : « Derrière, c'est la débandade ! Heureusement pour les lâchés, le sympathique Carlos Da Cruz (Française des Jeux), les mains en haut du guidon, les remonte par paquets entiers sur la tête ! Et avec le sourire encore ! C'est donc à plus de 150 unités, et à près de 75 km/h que se dévale la descente vers les Falaises d'Ault, où la plus grosse difficulté est avalée sur le 38x15 ! Puis regroupement sur la route des sables, après ce n'est qu'une formalité pour la plupart des concurrents du premier groupe, de ralier l'arrivée. » ) … Eh ! « Formalité » façon de parler ;-) !
 
Carlos, gentleman, jeune homme extrêmement sympathique et abordable trouve le temps de discuter avec ceux qui n’ont pas le souffle court ! Puis se disant qu’il allait rouler ensuite avec Henri Sannier, il se laisse décrocher pour l’attendre. Vu la vitesse à laquelle il a couvert le début de course (41 de moyenne pendant 1 heure de demi) il va pouvoir attendre ! Au passage, il me lance un « tiens tu es là toi ? » … La veille je lui avait dit que c’était ma 3ème cyclosportive depuis que j’avais commencé le vélo en avril 2004 ; il était donc surpris de me voir avec la tête de course à cette vitesse-là ! Ben oui Carlos ! L’entraînement paie ! 6200 km en 2005 (50% en solitaire, 50% en peloton à Longchamp) avant la Ronde Picarde contre 2000 l’an passé, ça donne de la puissance, du rythme, de l’endurance … évidemment tout est relatif, je n’ai qu’une licence en loisirs départemental 1, je ne suis ni national, ni élite etc … Le vélo c’est avant tout pour moi, pour mon plaisir, pour mon hygiène de vie et ensuite il y a les courses.
 
Km 75, le mur d’Ault : 13% sur 300 mètres comme un voltigeur
 
Je retrouve Bertrand Lavelot du club de Rueil Malmaison, spécialiste des efforts longue distance (Bordeaux – Paris notamment), il semble porter sur moi un œil bienveillant depuis qu’on se croise à l’entraînement. Après la « Chevreuse » en mai 2005, c’est la 2ème cyclo que je fais dans sa roue. Après la jonction, je me retrouve en queue de peloton avec lui pendant plus de 60 bornes. Nous échangeons quelques mots sur nos sensations : « - moi : Bertrand comment te sens-tu ? - Bertrand Lavelot : Bof moyen, j’ai les grosses cuisses ! - moi : Je suis le groupe, je subis un peu. Ma 1ère gourde est déjà vide. Faut que je m’arrête au ravito (km 96,4 : Le Hourdel) pour prendre de l’eau. - Bertrand Lavelot : Non ne t’arrêtes pas ! Tu es dans un groupe c’est le plus important ! De l’eau tu trouveras toujours une solution pas pour le groupe ! »
 
Nous sommes dans la descente de Ault, certains prennent 75 km/h, nous en queue de peloton, nous sommes plus sur les freins et faisons attention aux mouvements dans le groupe et aux voitures garées sur le bord de la chaussée. Bertrand me prévient alors de passer sur le petit plateau dès le bas de la descente en tournant à 90° à droite car le raidillon d’Ault commence tout de suite et 13% sur 300 mètres ! J’ai une cote comme celle-là que je fais en rentrant de mes entrainements, c’est la rue des Gate Ceps à Saint Cloud (200m à 12,5%) qui s’enchaîne par la rue de Buzenval jusqu’au Boulevard de la République. Ni une ni deux, je lève le cul de la selle et gicle dès le bas du mur, la mer à notre gauche est un paysage que j’attendais depuis quelques kilomètres ! L’odeur de l’air iodé remplace les effluves de fumier un peu désagréables. Je me faufile entre les coureurs qui sont scotchés sur le bitume, j’en double au moins une vingtaine et me rassoies dans l’enfilade de virage en reprenant l’allure des routiers au-delà de 40 km/h. L’enchaînement descente + mur nous a tous éparpillés. Les lachés de la cote vont devoir forcer un peu pour recoller, et croyez-moi à la vitesse où on est reparti, c’est presque impossible ! Au pk 90 je m’approche de Denis Schmitt, le vainqueur de la « Chevreuse » en tenue jaune Saulnier Duval pour le chambrer et lui montrer qu’après 2h15 de course je suis toujours avec les meilleurs : « Ben alors Denis, ça ne roule pas ?! ». Sa surprise m’a donné du baume au cœur pour poursuivre ce qui était un exploit pour moi.
 
Km 90 : des ralentissements à la route des Sables
 
Lorsque le sable encombre la route au sol, certains coureurs en bordure de peloton ralentissent, ce qui a le don de obliger à freiner puis à relancer violemment. Comme depuis le début de la course, je suis en queue de peloton. Je commence à lutter pour rester dans les roues, le vent n’est pas favorable entre Cayeux sur Mer et Le Hourdel, et la fatigue arrive et s’installe insidieusement. 2 heures d’effort à cette intensité, je l’ai rarement fait à Longchamp sur un circuit que l’on peu considérer comme quasiment plat. Et là nous étions encore à plus de 40 de moyenne depuis le départ avant d’arriver au ravitaillement. Ce point de passage est l’occasion d’un demi tour pour les coureurs puisque nous repartons en direction de Saint Valéry en contournant les marais. Au ravito, quelques coureurs zigzaguent, c’est un peu un bordel sans nom en queue de peloton. Certain bifurquent pour prendre une bouteille ou à manger sur les tables du stand, d’autres attrapent une bouteille à la volée, moi je n’y avait pas pensé alors je ferai sans jusqu’au prochain ravito dans 40 km … Le peloton a levé le pied, il temporise à 33 km/h là où l’année dernière j’avais lutté contre le vent pour constituer un petit groupe en repartant du ravitaillement. J’avais décidé de quitter un gros peloton pour souffler et prendre une bouteille, à l’époque … belle erreur ! Cette année, sur les conseils de Bertrand Lavelot, je ne m’arrête pas, je ne prends rien.
 
Km 106, Saint Valéry Sur Somme : les pavés et un embouteillage pendant la course !!!
 
Après le ravitaillement, le ralentissement est manifeste et salvateur. Nous devions être nombreux à être en surchauffe à cause du vent défavorable après la route des sables. Nous contournons des marais semble-t-il. Le compteur affiche, 38-39, pas plus. Le peloton occupe toute la largeur de la route, compact. Il doit y avoir du vent de face, mais nous à l’arrière, ne le sentons pas du tout. Certains coureurs cherchent à se replacer et remontent sur les côtés ou se faufilent en frottant. Nous arrivons à Saint Valéry sur Somme, le seul point noir de l’organisation. C’est la 2ème année que je fais la Ronde Picarde et c’est la deuxième fois que nous rencontrons des problèmes à Saint Valéry sur Somme. Cette année, c’est un vrai embouteillage créé par un camion en cours de livraison dans la rue principale du village. Nous sommes quelques coureurs à décider de prendre une route parallèle pavée en contresens le long de la mer. Belle erreur ! Non seulement les vibrations occasionnées par les pavés étaient insupportable, nous devions être vigilants par rapport aux voitures en contresens, mais encore nous avons perdu le contact sur les dernières roues du peloton ! J’ai du débourser un effort très dur, intense et douloureux tant pour le cœur que pour les cuisses pour revenir sur le peloton. J’ai fait la jonction après 1 bon km de poursuite au moment de la bifurcation vers la Master ou la Senior.
 
Km 120 : Je cède comme un bleu à l’usure dans une bordure
 
Ouf, j’ai rejoint ce peloton qui m’avait abrité depuis le km 50, ce peloton qui m’avait permis de parcourir les 120 premiers kilomètres en 3 heures pile. Mais je commence à fatiguer, les crampes arrivent peu à peu, insidieusement. Le récent effort pour rentrer sur la tête de course avait été le dernier effort violent sans traduction directe en crampes. Je suis donc encore et toujours en queue de peloton avec souvent à mes côtés Bertrand Lavelot, compagnon d’infortune et de fortune. Le moment décisif de ma course cette année correspond à celui où j’avais durement souffert en 2004 : le kilomètre 120. Passage à travers champ, entre Sailly Flibeaucourt et Nouvion en Ponthieu, avec un faux plat et du vent défavorable de trois quarts à droite. Ce moment qui, en marathon doit correspondre à la barre du 36ème kilomètre, est celui en vélo où la fatigue s’est installée et où chaque effort est autant d’énergie qui disparaît à vue d’œil dans la douleur. Pour moi ce jour-là c’était à 120ème kilomètre. En 2004, j’avais 2 anglais à vue à 150 m devant moi à peine et je n’arrivais pas à les rattraper. Les 5 coureurs avec qui je roulais depuis le ravitaillement avaient tous choisi la Senior (135 km). En 2005, j’étais en queue de peloton, qui occupait la largeur de la route (1 voie et demi). Le vent défavorable s’est transformé en mur. Nous étions 4-5 en file indienne à l’arrière du peloton, Bertrand à qui je venais de parler de mes crampes avait senti le coup de la bordure et m’avait conseillé de me replacer plus haut dans les roues. Lui en tout cas avait réussi à remonter quelques places. Et moi … je luttais comme un damné, partagé entre l’envie de lâcher l’affaire pour souffler un coup et la rage de serrer les dents pour m’accrocher toujours et encore. Chaque moment critique dans l’effort correspond à cette étape où il faut faire un choix. Je vois Bertrand à l’abri, il a une dose d’effort à fournir en moins et moi je suis dernier du peloton, dans le vent. Je perds quelques mètres, puis c’est fini. Je me bats pendant encore quelques centaines de mètres en me disant que sur une descente ou un petit casse pattes, je pourrais boucher les mètres que je venais de perdre mais les petits faux plats me font trop mal, mon cœur est trop haut. Je me relève et vois arriver le ravitaillement en eau avec soulagement. Je veux attraper une bouteille d’eau à la volée, j’en fais tomber une, j’en chope une autre. Je me dis rapidement, (très rapidement) que je vais peut être pouvoir revenir sur le peloton. Mais non en fait, j’étais cuit. 120 km d’effort à 39,4 de moyenne en course avec des cotes de 6 à 13% ça vous use un homme !
 
 
 
 
La première heure, le couteau entre les dents, à faire l'élastique derrière la tête de course
 
 
Km 122 : Un petit groupe de 5 se forme à travers la forêt, le peloton est encore à vue
 
Je lève le nez de mon guidon, je me redresse complètement et prends une grande respiration, celle du soulagement : j’ai fait le plus dur, c’est à dire lancer ma course et faire les 2/3 avec les meilleurs, maintenant je vais limiter la casse et finir le mieux possible. La précieuse bouteille d’eau entre les mains, je dévisse le bouchon de ma gourde et la remplis de ce précieux liquide sans en perdre une goutte. Je regarde autour de moi, nous sommes 5 damnés, 5 lâchés, 5 compagnons d’infortune. Le petit groupe se forme et se met en route en traversant la forêt entre Nouvion et Crécy en Ponthieu. Je vous avouerai qu’au début je ne donnais pas de vrais relais. Pendant 2 km, j’ai presque fait semblant en me calant dans la roue de celui qui semblait le plus motivé pour récupérer un peu. Nos relais sont mous, lents, d’abord à 28-29 puis 31-32 sur une sorte de faux plat avec un bitume granuleux qui ne rend ni en terme d’adhérence ni de roulage. Les vibrations sont insupportables. Notre locomotive du moment nous indiquera à bon escient rouler sur la bande du milieu. Nous avons encore le peloton à vue mais je sais au fond de moi que nous avons peu de chances de rentrer. Je commence à participer au bout de 2 km. Je commençais à voir les regards inquisiteurs des 2 coureurs qui avaient pris les relais jusque là. Je vais mettre 5 à 6 km avant de participer aux relais de manière constructive, en attendant, je prends des relais pour la forme, pour leur montrer que je ne suis pas bien et surtout leur signifier ma bonne volonté, une sorte de promesse pour les prochains kilomètres. Pendant les ¾ d’heure qui suivent le moment où j’ai lâché, je me sens mal, j’éprouve une sensation de vide dans le ventre, comme si mon système digestif assimilait mal ce que je lui avait proposé depuis le début de course : 1 barre Isostar, 2 pattes de fruits, 1 gel « Coup de Fouet » (Overstim) et 2 grandes gourdes d’eau mélangée avec de l’Hydrixir (Overstim). Puis pour finir : 1 autre gel « Coup de Fouet et 1 gel Overstim gout menthe + 2 x 50 cl d’eau.
 
Km 130 : Après le coup de barre, un rôle actif dans le groupe
 
Après avoir repris un peu « du poil de la bête », je vais participer davantage à la vie de ce groupe, en collaborant sur le plat. Je prends plusieurs relais à la sortie de la forêt. Je sens alors une main me freiner dans mon effort : un coureur avec le maillot de l’équipe nationale belge et un autre qui roule avec un camel bag me disent « ne prends pas de relais trop appuyé ! ». Comme l’année dernière, comparativement aux autres coureurs de mon groupe du moment, je suis celui qui semble monter le mieux les bosses. Dans les 2-3 bosses qui arrivent (Yvrenches, Les 3 cantons, Les 4 saisons, Fransu, Ribeaucourt, Barlette etc .. ) je vais mener le train dans les cotes pendant 35 km. Voulant monter à mon train, il m’arrivera de prendre involontairement quelques longueurs d’avance avant de me relever à chaque fois parce que le groupe prime sur de longues distances comme celle de la Ronde Picarde. Malgré cette impression d’avoir repris mes esprits et de retrouver un peu d’efficacité, je commence à avoir des crampes dans les vastes internes, des douleurs vives qui m’obligent à me rasseoir sur la selle quand elles surviennent dans les bosses. Sur les cotes un peu plus roulantes, les crampes se font sentir presque au niveau veineux plus en profondeur dans le muscle et plus bas à l’intérieur des cuisses. Je me force alors à me relâcher en pensant à chacun de mes muscles et en buvant quelques gouttes, je sens que ça va mieux. Je résisterai à la douleur quoiqu’il arrive. Elle réduira ma vitesse, certes, mais modérément en cote. Sur le plat, c’est l’usure générale, l’énergie s’amenuisant, qui réduisent la vitesse de chacun de nous. En participant aux relais, je commence à compter les kilomètres, je ne pense qu’à une seule chose : le dernier ravitaillement (km 165 à Domart en Ponthieu) d’autant que par inattention j’ai laissé m’échapper l’une de mes 2 gourdes en la remettant en place ! Comme à la « Chevreuse », la lassitude s’installe un peu après la fatigue. L’envie d’en finir après avoir eu l’envie d’en découdre pendant une semaine avant la course. Je m’étais mis la pression tout seul dans la semaine précédente en pensant au résultat, à la nécessité de faire mieux que ma toute première cyclo un an auparavant, mieux que ma deuxième en mai 2005.
 
Km 160 : 2 fusées venues de l’arrière perturbent l’entente du groupe
 
Deux coureurs viennent nous rejoindre et forcent sacrément le rythme. Ils nous font rouler pendant 4-5 km à la vitesse à laquelle nous roulions en début de course entre 38 et 45 km/h. Des fous ! Leur coup de semonce a désolidarisé le groupe. Deux de nos coureurs se sont mis instantanément dans leurs roues. Deux autres ont décidé de ne pas « y aller ». Et moi qui n’avais pas giclé tout de suite dans les roues, j’ai choisi de revenir sur le 1er paquet quitte à y laisser encore quelques plumes. De retour dans le rouge, rouge écarlate même, je me alors dit que j’allais prendre une bouteille au dernier ravitaillement et les laisser filer. Mais heureusement, j’a réussi à prendre une bouteille, remplir la dernière gourde qu’il me restait et revenir dans les roues à la faveur d’une côte qui arrivait juste après le ravito à Domart. Revenant alors sur mes compagnons de cordée, je me suis aperçu qu’aucun n’avait pu suivre les 2 furieux qui venaient des les déposer dans l’amorce de la côte. Nous allions apprendre dans la foulée grâce à une voiture suiveuse qu’un énorme peloton était en train de revenir. Ce dernier dans la voiture nous invectivait et nous menaçait de rouler.
 
Km 165 : Je perds d’un seul coup 50 places et ça m’énerve !
 
En réalité le peloton était vraiment à portée de fusil, il n’avait plus qu’à nous aligner contre le mur et nous massacrer. 50 cyclistes frais et dispos pour nous déposer à la prochaine opportunité sans aucune reconnaissance, sans aucun regard pour les pauvres malheureux qui ont roulé à 5 pendant près de 2 heures. 2 heures de travail pour rien ! Nous étions repris par ce peloton à 20 km de l’arrivée. A 19, j’étais déjà au fond du groupe et je m’accrochais pour ne pas être éjecté par l’arrière. A 10 km, la côte de Long. (celle où l’an passé j’ai littéralement déposé le groupe dans lequel j’étais pour finir seul avec plus de 30 secondes d’avance même après 9 km de plat pour qu’ils se refassent la pilule) Je l’aborde à l’arrière mais lancé, je vois quelques petits trous à droite et au centre de la route, le peloton se déforme sous mes yeux et je me faufile et grapille 15 à 20 places dans les hectomètres de la cote. Puis en haut, presque à l’arrêt, les cuisses durcies et endolories, pleines de crampes, la mâchoire tellement serrée pour dépasser la souffrance endurée qu’elle est crispée, je bascule dans le 2ème tiers du groupe à gauche dans un lacet serré puis vers une descente devenue vertigineuse par la fatigue et le manque de lucidité. Il ne faudrait pas gâcher une saison d’entraînement et une course à résister dans cette ultime descente à cause d’une faute de pilotage. Je fais donc la descente « en dedans » au risque de perdre le bénéfice de ma montée rythmée.
 
Km 180 : 9 km de souffrance pour finir l’agonie mais fier de ce que j’ai fait
 
En bas à Long, je sais que c’est presque fini. Le souvenir que j’en ai, ce n’est que du plat et pas très dur sauf à 2 km d’Eaucourt sur Somme où le plat devient faux ! Mais ce souvenir est celui aussi d’une course 2004 que j’ai faite à moins de 31 de moyenne pas 37 comme en 2005 ! Fatigue et lucidité fuyante, je me suis laissé dépasser par l’usure, incapable de prendre les roues à la fin de la descente à la sortie de Long. J’avais 3 coureurs dans ma roue et me suis mis à plat ventre pour revenir dans les roues dès la fin de la descente au moment où se reformait un groupe. Ils m’ont tous les 3 faussé compagnie car plus frais pour gicler et boucher les 15 mètres qui étaient pour moi un océan. J’ai alors vu s’éloigner 2 groupes chacun de 15-20 coureurs issus de ce fameux peloton atomisé dans la montée de Long. J’ai en même temps vu s’échapper quelques places de plus au classement et 2 minutes de plus. Je ne pouvais de toute façon pas faire mieux. J’ai rallié Long à Eaucourt Sur Somme en solitaire, obsédé par une vitesse décroissante sur mon compteur de 42 jusqu’à même 28 dans le faux plat face à un léger vent et une lourde fatigue, proche sinon semblable à de l’épuisement. Le comble ? Je me suis échiné à tenir bon les 9 derniers kilomètres, à serrer les dents contre le mal de jambes, contre le cœur qui voulait crever tous les plafonds, et je me suis encore fait rattraper par un groupe de 6 coureurs en basculant vers Eaucourt Sur Somme à 1 km de la ligne.
 
Le bilan : 134ème 189 km en 5 h 09 min 57 sec à 36,68 km/h.
 
Frustrant dans la conclusion en perdant 50 places à 9 km de l’arrivée. Sinon extrêmement positif dans la sa globalité ! La Ronde Picarde est le point d’orgue de ma saison et sanctionne positivement une saison d’entraînement rigoureux, fréquent, appliqué, varié et un apprentissage méticuleux du cyclisme. Une belle promesse pour la saison prochaine où j’espère rouler en courses « Loisirs Départemental 1 » FFC.

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