J'ai testé pour vous une jeune cyclosportive d'Ile de France (3 ans d'age).
5.5.5, Jeudi 5 Mai 2005. Une date originale pour un moment important dans la vie d'un jeune coureur cycliste amateur. C'était la deuxième course de ma vie après la Ronde Picarde (Samedi 11 septembre 2004 - classé 303ème de la Master). Dans les quelques lignes qui suivent, je vais partager avec vous les anecdotes, les faits de courses, les sensations, le moral avec lequel j'ai abordé et vécu cette course. Un peu comme le fait Julien Guiborel (SCO Dijon) sur son blog (
www.julienguiborel.com), je vais vous raconter comment j’ai vécu ce qui est ma 2ème course cycliste. Un moment de vie fait de rencontres, de connivences, de souffrance, de dépassement de soi et de joie … au beau du compte.
> Les derniers entraînements avant la course
Dans les 3 semaines qui précèdent la course, depuis que je me suis engagé auprès de l’organisation, tout mon influx nerveux, toute ma concentration sont orientés sur la date du 5 mai. Naturellement, insidieusement, j’appuie davantage mes sorties, j’ose me faire mal dans les cotes, notamment celles de Saint Rémy les Chevreuse et de Chateaufort. Les sorties dans le PGV (Peloton Grande Vitesse) à l’Hippodrome de Longchamp sont ultra rapides (41,5 de moyenne sur le plat sur 1h15 à 1h30).
La perspective d’une compétition donne « du jus », de la gniac. Pour peu qu’il y ait du vent dans le dos, sur les portions plates, on peut friser les 45-50. Attention toutefois dans ces cas-là à ne pas dépenser trop d’énergie avant l’échéance. Je suis mes pulsations, ma dépense énergétique, ma courbe de poids. Je pars reconnaître la partie du parcours que j’ignorais (Bullion – Gambais) et finalement en tire l’enseignement qu’il ne faut absolument pas s’inquiéter de cette portion-là. A défaut de temps je n’aurais pas reconnu une portion qui se révèlera plus ardue (Bazainville – Beynes) avec quelques bosses sèches. Enfin, comme un amateur débutant, j’aborde à peu près toutes les dimensions du « métier ». Reste plus qu’à …
> Le Jour J : Excité, nerveux et noué
6h15, le réveil a déjà sonné une fois mais je peine à ouvrir l’œil. La raison voudrait que je me nourrisse bien et beaucoup en ingurgitant un bon plat de pâtes. Mais désolé, à cette heure-là et avec le stress de la course s’approchant, rien ne passe ou alors avec difficulté. Les repas des derniers jours sont sensés m’avoir permis de stocker les nutriments nécessaire pour la course. Nous allons voir.
7h40, après une demi heure de route et de rock pour me motiver, j’arrive sur les lieux. Des coureurs sont déjà en train de rouler pour s’échauffer, d’autres s’affairent à leur voiture pour s’habiller, sortir le vélo du coffre, monter la roue avant. Personnellement vu la fraîcheur matinale j’hésite à mettre les collants et/ou le k-way. Je pose mon premier dossard (le n°45, 4 épingles à nourrice feront l’affaire) sur mon premier maillot de club, le CSM Puteaux. Parce que la notion de compétition est pour moi une source d’anxiété et en même temps d’excitation, je somatise mon stress dans le ventre, rien de mieux pour compliquer la situation.
7h59, je suis encore à la voiture, je n’ai pas vu le temps passer. Je suis encore à 300 m du sas de départ. Le départ est à 8h. Ça commence bien …
Ca y est, la meute est lancée, les premiers kilomètres amènent assez vite de la nervosité dans le peloton à cause des coups de freins fréquents et violents à donner dans des routes étroites et sinueuses. Je me rends vite compte que tout le monde à les jambes nues et que mes jambières vont vite me gêner. J’entreprends pendant ces kilomètres neutralisés de les enlever. Ce qui n’est vraiment pas une mince affaire étant donné que nous roulons en peloton compact. Elles termineront sur mes chevilles le reste de la course …
A Crespières, ça tournicote, ça descend. Le départ lancé est donné. Ca part dans le coup de feu ! Descente de Crespières vite vite. On se déjà le vent :'( Puis la descente de Beynes, là c chaud ! Un bon 60 km/h avec vent presque de face. Le peloton s'étire, il me faut boucher … Bertrand Lavelot (n°195, Rueil Athletic Club que je croise souvent à l’Hippodrome de Longchamp dans le peloton des « fusées ») me dit de recoller et me mettre à gauche de la route. A Saint Germain de la Grange ça monte très vite. (28-31). Je suis sur le grand plateau.
> Première épreuve : boucher une cassure dans le peloton
Pourvu ça ne craque pas devant … Tiens ben si … En direction de Neauphle, le peloton de scinde en 2 à une dizaine de coureurs devant moi dans cette côte. Bertrand qui n’est pas très loin dans les roues me dit que c'est le moment pour rentrer. Facile à dire! Je me fais mal pour boucher … mais ça ne veut pas rentrer. Alors peut être dans la descente avant de traverser la N12 ? J’atteins ma vitesse max : 70 et je n’arrive toujours pas à rentrer ! Ah heureusement je rentre juste après la traversée dans un faut plat descendant. Mais je ne suis pas le seul, peu de temps après c'est le 2ème peloton qui recolle.
B.Lavelot me conseille alors de remonter dans le peloton pour ne pas laisser ceux qui rentrent remonter. Ok chef ! Bon alors mise en application. Plutôt placé à droite à ce moment, je me décale vers la gauche pour le suivre. Je monte bien, mais crac boum hue ! ça ralentit un peu devant à la défaveur d'un virage à droite, un petit terre plein au sol force le coureur devant moi à se rabattre. Ma roue avant était engagée à hauteur de sa roue arrière. C’est la chute garantie. Cadeau Bonux : Brûlure au genou, contusion à la fesse et surtout le peloton de tête qui s’est s'enfuit le temps que j’aie le dos tourné … 8o(
> Deuxième épreuve dans la foulée : La chute et la course-poursuite
La galère commence. Pendant je crois entre 5-6 km le couteau entre les dents, je roule. Je vois l'arrière du peloton et un motard d’une association ayant assisté à la chute décide de m’aider au bout de 2 km de poursuite. Il se met devant moi. Je ne refuse pas cette aide bienveillante qui à mon sens ne revêt aucun problème d’irrégularité vu que c’est une assistance suite à une chute et que je n’avais d’objectif que de finir la cyclo avec une moyenne correcte.
Mais j'ai vraiment mal aux jambes, au cœur. Je me mets minable pour revenir. Là il faut avoir le moral pour tenir le coup. Car jusqu’à ce fait de course, j’étais dans le peloton de tête, j’avais fait un effort violent pour boucher une cassure qui s’est produite à mon insu à cause de coureurs qui avaient faibli et désuni le peloton par le milieu. Je me sentais bien, les jambes répondaient même dans les bosses où montait grand plateau à 31. Voir tout ce bon début de course anéanti par une chute était démoralisant. Mais ce n’était pas fini.
Je rentre sur l’arrière du peloton sur les pavés des Menuls. Mais là c’est de nouveau la débandade ! Les pavés font sauter les gourdes, des coureurs ont chuté, D.Schmitt le vainqueur m’avoue avoir quasiment fait des sauts avec ses roues carbone. La mouise me poursuit, je roule sur la gourde de quelqu'un et j'explose dans les premiers mètres de la cote. Je n'étais pas dans l’allure du groupe de tête, les pulsations cardiaques encore au sommet, je n’avais aucune roue à laquelle m’accrocher.
> Les Mesnuls, le moment de l’explosion
Comme toujours lors des difficultés (bosses, cotes, cols), la sélection se fait par l’arrière dans un premier temps puis par l’avant. C’est dans la cote des Mesnuls à 140 km de l’arrivée que la course s’est décidée. J’ai en effet appris de la bouche de D.Schmitt qu’un groupe de douze avait décollé à l’endroit le plus sélectif. A l’arrière, je fais ce que je peux pour ne pas perdre trop sur les coureurs les plus proches devant moi. Une chance dans ce moment de « détresse », 4 coureurs pris dans la chute des pavés remontent au train et le groupe commence à grossir, je donne le maximum pour ne pas perdre le contact et me mettre dans leur roue. Pour moi, ce sera « la bonne » comme on dit. Le groupe va grossir en rattrapant des coureurs intercalés devant jusqu’à une grosse vingtaine d’unités.
> Les groupes se constituent, j’essaie de récupérer
J’essaie comme je peux en traversant les Vaux de Cernay de reprendre mes esprits, que j'arrive à faire redescendre le cœur. Mais pas possible pour le moment, ça roule encore fort dès que c'est roulant on est vite à plus de 40. Ca commence à ralentir aux abords de Chevreuse. Le peloton n’est pas encore très loin devant, au hasard d’une ligne droite, je crois en apercevoir la queue. Les 2 efforts violents que j’ai produits (pour revenir 2 fois sur le pelotons) en début de course me restent sur le ventre. J'ai cette sensation désagréable et nauséeuse de malaise encore pendant quelques kilomètres avant que cela ne soit le mal de reins qui me suive jusqu’à la fin de la course.
> Le vent, l’organisation des relais
En prenant la direction les Molières puis vers Bullion, comme avec le club à l’entraînement en janvier, je retrouve un vent de 3/4 (Nord Ouest). Les bordures qui s’organisent font toute la largeur de la route et parfois nous rencontrons des voitures hurlantes et trop rapides.
A l'approche de Clairefontaine, ça roule pas mal, je sais que le ravito arrive et j'ai besoin d'une bouteille pour refroidir la machine. Je commence à me sentir mieux, (de là à dire que j’ai récupéré, on va pas exagérer non plus) alors j'appréhende la cote de Montjoie en tête du groupe et la passe à fond pour pouvoir m'arrêter à la table du ravitaillement. La bosse passe comme une lettre à la poste !! Même pas mal aux cannes ! J’entreprends fréquemment des assouplissements et des étirements des lombaires. Aux Greffiers, on se reprend du vent dans la gueule, je sens que le groupe fatigue un peu. Alors on s'organise implicitement pour maintenir une vitesse de 30, direction Gazeran. A partir de maintenant, notre groupe sera escorté par un gendarme jusqu’au derniers kilomètres. Dans les alentours des « Chaises » nous avons un vent de face, on s'organise des relais courts à 35-36. J'en prends 4-5 et après je me range. C’est reparti, le second souffle ! On aborde la cote de Boissière l'école tranquillement.
> La fatigue générale au bout de 120 km
Notre moyenne horaire commence à fléchir. La fatigue se fait sentir dans le groupe. Après la Boissière, ça roule moins bien lors de ma reconnaissance tout seul. Le vent et de la fatigue pèsent dans nos jambes. La bosse de Béchereau fait mal à cause d’un faut plat plutôt prononcé. Mais j’ai l’intuition de monter les cotes mieux que mes compagnons d’un jour. Systématiquement en danseuse, je mélange souplesse, vélocité et puissance. C’est agréable de ne pas se sentir pour une fois à l’agonie dans une course où j’ai traversé un épisode catastrophique. Puis après cela redevient roulant vers Adaimville, Sergontières, Gambais.
Je mène le peloton à l'attaque de Bazainville en prenant un relais long mais modérément appuyé car nous approchons la cote de Bazainville dont on m’avait dit qu’elle serait ferait mal. Une cote qui se passe sur le petit plateau sans trop de difficulté. Sauf que la fatigue de 140 km se fait sentir dans la vitesse de récupération et la puissance développée pour la grimper.
> La fameuse cote de Septeuil, les crampes et le ravito
La route qui nous relie jusqu’à Septeuil est en faux plat. Je sens l'usure et la fatigue, un ras-le-bol général se fait sentir. Vivement l’arrivée ! Je n’avais jusqu’à présent pas été surpris par ce que je croyais être une course difficile. Les bosses allaient en fait se concentrer sur la fin, en même temps que l’effet de la fatigue. Justement à Septeuil, LA côte de la course sur une route communale, grasse, gravillonneuse et pentue. Faut voir le pourcentage ! … Des crampes qui s’étaient réveillées dans les vastes internes et les quadriceps ont recommencé à sévir dans cette « terrible » cote me forçant à la finir assis … AIE !! AIE !!
Le 2ème ravitaillement était situé en haut de la cote. Jugeant qu’il me restait pour le coup suffisamment de flotte pour terminer l’épreuve, je décide de ne pas m’arrêter. Malgré les crampes, je termine pourtant bien cette difficulté, à 20 m des 5 rouleurs du groupe (ils ont menés la majorité des relais). Même si la douleur vive dans les cuisses m'en a fait voir de toutes les couleurs en quelques secondes, je force pour boucher le trou dans les 300 m qui suivent. Regroupement avec léger écrémage derrière.
Allez ! C’est la dernière heure. C'est bon pour le moral. Y'a des longs bout de droit. Le groupe se scinde en 2. 5 coureurs sont devant mais dans un premier temps on ne s'organise pas pour boucher. Puis 2 coureurs font l'effort pour tous et nous ramènent. Ouf … Je n'avais pas envie de me faire mal aussi loin de l'arrivée.
> Le vent de Beynes et de Crespières
Allez passons, quelques km et zig zag plus loin, on attaque une descente vers Neauphle très vite (60 km/h) puis à gauche vers Cressay. Petite route très bombée. On est à 28-29 max. On récupère la route vers Beynes en ayant contourné Neauphle. La route vers Beynes est dure à cause du vent. Je plains ceux qui mènent le paquet ! Je crois que j'attaque le bas de la cote sur le grand plateau pour revenir à un développement plus court vers le somment. Puis survient le faux plat de Crespières que nous avions attaqué à plus de 50 au départ de la course. Waaa, on n'avance plus du tout ! Dans Crespières, je passe la bosse apparemment plus frais que les autres. C'est sans doute parce que j’ai essayé de gérer mon effort et mon implication dans le groupe suite à grosse fatigue du début de course.
> Un final avec crampes sur mesure
Avant la côte de Beule (Maule 78), il y a une belle descente dont je profite pour lâcher le groupe et tenter de revenir sur le coureur qui était sorti devant moi. J'attaque la cote de Beule un peu vite. Sûrement trop ;-p Là j'ai deux barres dans les cuisses. Des mains de bûcherons me saisissent les muscles et les compressent plus je force sur les pédales. 22-21 puis 18 … Je vois que je vais en doubler un … mais un autre revient de derrière. Bravo ! Bien joué … je n'aurais de tout façon pas pu me battre …
Le speaker cite mon nom au micro, alors interloqué je reviens vers le podium pour répondre à ses questions. Je fais alors part de mes excellentes impressions sur la course, le parcours, l’organisation. Et raconte les 2 moments clés de ma course. C’est ensuite au tour d’un jeune journaliste du journal de Versailles de me poser quelques questions. A m’entendre parler dans le micro, j’ai eu un temps l’impression d’entendre parler mon père … Je termine 96ème / 387 participants en 5h13'33 et 9ème de la catégorie C (18-29 ans). Quelques jours après, un classement revu et corrigé par l'organisation me place en 102ème position, je n'y comprends pas grand chose.
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