Samedi 10 juin 2006
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14:08
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Par Julien HOLTZ
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Publié dans : Au coeur du Tour de France
Lever difficile entre 6 et 8 heures selon les jours. Petit déj souvent silencieux, les langues ont du mal à se délier tant que le premier café n’est pas digéré. Les séquelles de la soirée de la veille sont encore dans les crânes et dans les jambes. On embarque dans les voitures direction la station essence et la station de lavage. Puis en route vers le parking caravane de la ville de départ.
> Le parking caravane : 2 heures avant le départ de la courseNous arrivons sur place 1 heure avant le départ de la caravane et nous nous mettons en place selon les indications de l’organisation pour être déjà en ordre de marche par rapport aux marques qui nous précèdent et nous suivent dans la parade. C’est donc l’heure des discussions et des courses casse croute chez les marques en question (Cochonou, Coca, Cœur de Lion, etc …). La sirène de la voiture de tête retentit, marquant le signal de ralliement et de départ. Moteur ! Les premières caravanes démarrent : FIAT, PMU, CHAMPION, AQUAREL (COCA auparavant), etc … et en queue de caravane FESTINA, CAFE GRAND’MERE (MAISON DU CAFE auparavant), etc … Ca y est c’est à notre tour, l’équipe Café Grand’Mère s’ébranle, au talkie Régis nous dit « C’est parti les gars ! Bonne étape ! Un œil sur la route, un œil sur le public, un dans le rétro !». C’est donc parti pour 6 à 8 heures de route.
Les premières heures sont toujours très calmes, le matin les gens ne sont pas toujours sur le bord des routes au moment de notre passage. Ca s’anime vers midi puis monte en pression vers la fin de l’après midi. L’hyper activité commence à environ 2 heures de l’arrivée lorsque à 80 km les caméra de FranceTélévisions prendront l’antenne. Tout l’intérêt pour les marques est d’être visible à partir de cet endroit-là. Dans les 15 derniers km c’est la folie. Les gens sont surexcités, nous avons un stock à vider.
Puis sur les coups de 16h30 nous passons la ligne d’arrivée toutes sono éteintes pour ne pas troubler les commentateurs tv. Lorsque j’officiais chez Champion, nous descendions des caddies (joli clin d’œil à l’enseigne de distribution) sur la ligne d’arrivée et consacrions 2000 à 3000 casquettes pour arroser le public jusqu’au 500 mètres. En revanche le travail était fini quand j’étais conducteur pour Café Grand’Mère. Nous n’avions plus qu’à aller nous garer sur le parking caravane et nous détendre un peu. Sur les coups de 18 heures (sur les étapes de plats et plus tard en montagne) nous évacuons l’arrivée vers nos hôtels. Les équipes de la caravane sont les moins favorisées en ce qui concerne le logement. En matière de proximité de l’hotel, les équipes sportives sont prioritaires, puis vient l’organisation, la presse, la production tv et enfin la caravane. Ce sont souvent les agences de com qui réalisent les caravanes pour leur client qui s’occupent aussi de l’hébergement. Souvent trop tard. Il nous est déjà arrivée de nous loger à 140 km de l’arrivée ! C’était en 1997 nous logions à Clermont Ferrand pour une arrivée à Super Besse. Alors avec des vieilles camionnettes à 90 km/h sur l’autoroute ça en fait de la route !
Arrivés à l’hôtel, le boulot n’était pas encore fini, il fallait recharger les véhicules avec les cadeaux et échantillons publicitaires. Une semi-remorque de 44 tonnes nous retrouvait sur le parking et rechargeait à mi-parcours du Tour. Un peu de culture physique quotidienne ne faisait pas de mal pendant que nos distributrices se chargeaient d’éventrer les cartons et de disposer les échantillons de café dans les cabriolets 306 que nous conduisions. 19h enfin, l’heure de la douche et d’un court répit avant apéro, dîner, et sûrement comme souvent fiesta ! Nous trouvions toujours des événements folkloriques du coin auquel nous nous greffions.
Il est fréquent de vivre des journées « sans fin » sur le Tour. Exemple sur mon premier Tour avec Champion dans nos bonnes vieilles Charlottes : arrivés à Sestrières, nous logions à proximité de l’arrivée de l’étape du jour. Mais le départ du lendemain se déroulait à Turin. 102 km de montagne. Nous nous sommes donc levés à 4h45 du matin pour rallier la ville de départ de l’étape Turin – Gap. Gap étant la ville où se déroulaient à la fois la soirée caravane de mi-Tour et la journée de repos de la course (le lendemain). Nous avons en réalité fait le tour du cadran : couchés à 5 heures du matin après une mémorable soirée caravane. La journée de repos, qui sert aux coureurs à se reposer et faire un petite sortie pour faire tourner les jambes, sert aussi aux suiveurs pour se ressourcer et faire la grasse mat’ et laver le linge. Coucher 5 heures, lever …. 17 heures !
> Le coup de barre de 14 heures
Les journées sont longues sur le Tour. Pour avoir une heure à heure et demi d’avance sur la course, la caravane publicitaire doit partir tôt le matin. Et elle n’est pas prioritaire sur les équipes sportives et la presse à l’arrivée pour quitter les parkings. Sur les étapes de montagne il nous est arrivé de quitter la ville de départ vers 8 heures du matin pour vivre des étapes de 8-9 heures. Avec le rythme fou, le changement d’hôtels tous les jours, les soirées, les sorties dans les villages, les dîners qui s’éternisent, la fatigue se fait souvent sentir en milieu de journée après avoir grignoté dans la voiture. Le coup de pompe arrive souvent vers 13-14 heures et géographiquement lorsque la caravane traverses des champs désertiques. Au volant des cabriolets ou des monospaces, le ronronnement des moteurs, le silence radio, la digestion endort insidieusement. Les paupières lourdes, la nuque qui tire, les traits et l’attention qui se relâchent. Chacun attend le moment où l’énergie revient, un coup de bourre dans le public, un moment de stress parce que la caravane est trop étendue, le rendez-vous sur la route du Tour pour recharger avec la semi remorque. La 3ème semaine est la plus dure du Tour, la fatigue est présente pour tout le monde. Tous ont enchaîné les soirées, les virées avec les nouveaux amis et nouvelles conquêtes et amies. Il se dit beaucoup de choses à ce sujet sur le Tour de France : la plupart sont véridiques !
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