Partager l'article ! le jour où j'ai connu ma première vraie fringale: C'était dimanche dernier, la veille j'avais du tirer sur la corde en me maintenant dans le ...
C'était dimanche dernier, la veille j'avais du tirer sur la corde en me maintenant dans le peloton pendant plus d'une heure quarante à plus de 37 de moyenne. Cette année, comme l'année dernière, je suis hors de forme. Je garde le mental pour me lancer quelques petits objectifs mais je n'ai pas l'endurance que j'ai eu en 2005.
Dimanche, grand beau temps donc, et pas de vélo à la télé. L'envie donc de partir rouler dans les Yvelines et refaire les parcours que je multipliais lors de ma préparation avant la Picarde. Au programme : Forêt de Marly, Les Alluets le Roi, Bazemont, Maule, Andelu, Thoiry, Marcq, Beynes, Grignon, Chavenay, Rennemoulin puis le retour vers Paris par Vaucresson, Garches et St Cloud.
Jusqu'à Maule, tout allait bien, un petit 35 et même plus sans forcer en allant vers les grandes oreilles. La descente dans Maule (la cote de la Beule) sans pédaler à plus de 60 km/h. Puis la remontée vers Thoiry en face, étonnement à 24 km/h sans en baver ! Petit vent de travers à travers champs avant d'arriver à l'entrée de Thoiry, mauvais augure ?
A peine ai-je passé le rond point à l'entrée de Thoiry pour aller vers Marcq que je me prends une sorte de mur qui stoppe ma progression. je taquinnais les 35 et je suis à 25 les dents serrées ! C'est là que l'enfer s'ouvre à moi. Pourtant je n'ai pas vendu mon âme au diable. Je n'ai fait aucun pacte pour avoir le vent dans le dos au début de ma sortie !!! J'ai déjà lutté pendant plus d'un km lorsque je rentre dans Marcq, entre les maisons le vent est tombé mais j'ai déjà mal aux jambes et beaucoup beaucoup moins d'énergie à donner. Alors je m'arrête au soleil contre un muret pour me reposer et faire redescendre mon coeur emballé.
Le t-shirt sous le maillot est trempé de sueur, le soleil aux rayons tièdes du printemps me réchauffe un peu, mais rien à manger et plus beaucoup à boire déjà. J'ai l'habitude de m'arrêter à ce stade de ma sortie quand je suis en début de saison mais c'est un poil plus tot sur un banc à l'entrée de Thoiry. Allez zou je repars. Dans la descente vers Beynes, je suis à l'arrêt complet. Très mauvais présage car quand ça souffle comme ça c'est jusqu'au bout !
J'arrive avec un peu de peine à l'entrée de Beynes, les maisons du village me protègent un peu puis j'amorce la coté qui me mène vers l'aérodrome. Une cote à flanc de colline donc exposée au vent. Je n'ai plus rien dans les chaussettes. C'est terrible. La bouche sèche, je cherche dans le moindre recoin un peu de salive, un peu de carburant. J'ai les jambes en coton, elles tremblent, elles flagèlent un peu. Mon champ de vision se rétrécit, je cherche de moins en moins loin la ligne de fuite. Je ralentis, je suis à peine aux 2/3 de la vitesse que j'ai l'habitude d'emmagaziner à cet endroit. Je m'arrête et vais me poser sur les accottements. Dans mon infortune, je profite du soleil, je regarde les nombreuses voitures passer et ne pas s'arrêter. Pas un seul conducteur ne s'enquiert de ma "détresse". Encore un exemple d'un monde devenu trop individuel.
Allez je me motive pour remonter en selle. Un cycliste vient de passer devant moi, il a l'air d'avoir de bonnes jambes. Moi j'ai tout perdu aujourd'hui. Je lutte pour passer le sommet de la bosse. Je lutte pour enchaines les hectomètres suivants qui font rebondir la route comme un ruban qu'on étire et qu'on compresse. Je pense toutes les 3 minutes à la personne qui pourrait me tirer de cette descente aux enfers. Un taxi ? ma mère ? des amis ? ...
J'arrive à Grignon au rond point. Je vois une pancarte vers une ferme agronomique. Portes Ouvertes !!! Je m'écarte de ma route pour 1 km mais 1 km salvateur car j'y trouverai une pomme au bout ! Dans mon infortune (je suis parti sans argent et sans nourriture) la vendeuse de la ferme me propose gentiment une pomme. Je n'ai jamais mangé une pomme aussi vite de ma vie !! Comme dans les dessins animés de Tex Avery le corbeau dévore les épis de maïs.
Je repars puis lutte de nouveau dès que la route varie. J'arrive sur Chavenay où j'hésite puis je m'arrête de nouveau devant "Les Milles et Une Saveurs" de Chavenay. Un salon de thé. Je demande humblement et piteusement au tenancier du salon de m'offrir quelquechose de sucré. Il part vers sa voiture et me rapporte une barre de céréales aux cerises et des gateaux Twix. Je repars en direction de Rennemoulins. Je m'arrête à une source d'eau pour les chevaux je tends mon bras à travers les barbelés pour y remplir ma gourde. C'est dingue parce que je sais que je suis presque rentré (il me reste moins de 20 km) mais je continue à me demander si je ne vais pas appeler à la rescousse pour me faire ramener en voiture.
Je n'ai vraiment plus de jus. Plus rien dans les jambes, rien dans les reins. Il n'y a plus que la tête qui me dit que je suis capable de rentrer par mes propres moyens. J'ai réussi le Mont-Blanc alors je réussirai même en hypoglycémie ! Je m'arrête encore deux fois avant d'arriver au bercail dont une fois au niveau du Triangle de Rocquencourt, là où quand je suis en forme, je suis capable de passer dans cette cote sur le grand plateau à presque 27.
Décidémment j'aurai avalé la trompette jusqu'au cornet ce jour-là !
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