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PASSION VELO BLOG : Tout sur le Tour de France et la pratique du cyclisme

PASSION VELO BLOG : Tout sur le Tour de France et la pratique du cyclisme

PASSIONVELOBLOG.com : Un blog pour la passion du vélo et dans les coulisses du Tour de France. Sujets abordés : Matériel et technique, méthodes d'entrainement, lutte contre le dopage, diététique, récupération, d'hygiène de vie, vidéos drôles et insolites,

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Dans l'Equipe aujourd'hui : Filippo Simeoni "Parfois je regrette"

 

« Parfois, je regrette »

FILIPPO SIMEONI, qui avait témoigné au procès du docteur Ferrari, évoque les vrais-faux aveux de Basso. Et les lois du peloton. Un article de l'Equipe que j'ai trouvé intéressant de relayer sur mon blog pour ne pas que cette drole d'affaire de bluff dans le peloton ne passe passe pas dans l'oubli !

Il avait vingt-neuf ans quand il témoigna en 1999 au procès de Michele Ferrari, préparateur de Lance Armstrong. « J’ai dit dans un tribunal, sous serment, qu’il m’avait prescrit de l’EPO et de la testostérone. Je continue à en payer le prix », dit-il sans aigreur. Le prix ? L’exclusion, l’ostracisme dont il se sent toujours victime de la part des managers qui lui tinrent grief, dit-il, d’avoir brisé l’omerta. Résultat : à trente-cinq ans, Filippo Simeoni évolue dans une formation de troisième zone (Aurum Hotels), en marge de sa profession atteinte par les déflagrations de l’opération Puerto. Et par le vrai-faux repentir d’Ivan Basso devant la procure du Comité olympique national italien (CONI).

FRASCATI – (ITA) de notre envoyé spécial

« QUE VOUS INSPIRE le cas Basso ?

– Il n’est pas comparable au mien. J’ai été l’un des clients du docteur Ferrari, dans les années 1990, quand l’utilisation de l’EPO était quasi généralisée, pour ne pas dire plus. Il n’y avait pas de loi antidopage, ce qui n’excuse rien, j’en conviens, mais on ne pouvait que placer la question sur le plan moral, alors qu’aujourd’hui le coureur qui se dope enfreint la loi, ce n’est plus le même niveau de responsabilité. Mais, à la fin, qu’a dit Basso ? Pas grand-chose. Qu’il était « propre »…

– Selon le procureur du CONI, Ettore Torri, il se serait rétracté parce qu’il redoutait « de finir dans un fossé ». Est-ce crédible ?

– Si j’ai dû affronter certaines rétorsions, c’est parce que les deux « padrone » (parrains), Armstrong et Cipollini, s’étaient ligués contre moi. Dans notre équipe (Domina Vacanze), Cipollini avait même cherché à m’écarter du Tour en 2004, et notre manager (Vincenzo Santoni) lui donnait raison. Je l’ai quand même couru,mais il y a eu le fameux épisode de Lons-le-Saunier, l’altercation avec Armstrong, qui m’a empêché d’entrer dans une échappée en disant aux autres : « Vous oui, mais pas lui ! »

– Vous avait-il personnellement menacé ?

– Il avait menacé de ruiner ma carrière. (« Je suis riche, je peux te détruire », lui avait-il lancé.) Pour lui montrer qu’il ne m’impressionnait pas, j’avais attaqué au kilomètre zéro dans l’étape de Paris. Quand le peloton m’avait repris, Armstrong avait organisé un choeur, avec Pozzato, Nardello et d’autres, tous complices, et ils s’étaient mis à chanter « Scemo ! Scemo ! » (« Gros con ! Gros con ! »). Ils m’avaient humilié.

 

– Il y a donc bien une loi du peloton ?

 – À l’époque, vous ne trouviez personne pour aller contre le courant et contre Armstrong, qui avait très vite trouvé cinquante coureurs pour le soutenir. Dans un peloton, il y a beaucoup d’hypocrisies, de nombreux coureurs manquent de personnalité. Mais ce n’est pas un monde violent ni délinquant.

 

– L’UCI n’avait pris aucune mesure contre Armstrong…

– Même pas un avertissement. C’était ça le plus décevant. Mais j’ai reçu un peu de soutien. La Fédération italienne a sanctionné Pozzato, qui avait dit que j’étais une honte, que j’avais craché dans la soupe. Après, j’ai été sélectionné dans la Squadra. On ne peut donc pas parler d’un système mafieux, mais d’un climat de connivence contre lequel il faut se préserver

 

 – Vous avez payé cher votre témoignage contre Ferrari ?

– Si je n’avais rien dit, j’aurais continué à gagner très bienmavie.Au lieu de ça, j’ai été suspendu six mois, Santoni (son manager) en a profité pour me payer au rabais. Et je n’ai pas retrouvé de place dans une équipe du Pro Tour. J’ai interprété ça comme une vendetta. J’étais à la fois le pécheur, qui avait confessé son dopage, et le traître, qui avait dénoncé une pratique

 

 – Une pratique qui s’est modifiée…

– Quand on a été capable de déceler l’EPO, les préparateurs sont allés vers des techniques plus évoluées, avec des coûts majeurs. Avec Ferrari, je dépensais pas mal (5 000 euros pour une ordonnance) en imaginant que ceux qui lui donnaient plus étaient mieux servis. Avec l’opération Puerto, on parle de chiffres énormes : qui peut se permettre de payer 35 000 à 70 000 euros par an pour être suivi et faire des homotransfusions, sinon des coureurs d’élite ? À moins qu’il y ait un dopage organisé au sein de l’équipe.

« J’ai été marginalisé et rien n’a changé »

 

– Selon vous, y a-t-il une solution ?

 – Il faut redéfinir les responsabilités. On ne peut pas penser qu’un coureur peut s’en remettre à une organisation comme celle de Fuentes, sans que son manager ou le médecin ne s’en aperçoivent.

 

– Vous avez dit un jour : « Je me repens parfois de m’être repenti… "

 – Parfois, je regrette d’avoir parlé, car l’omerta finit toujours par gagner, et, parfois, je pense que j’ai bien fait. J’ai dit la vérité dans un tribunal, je n’ai fait que mon devoir de citoyen, sans citer aucun nom. Mais qu’est-ce que ça m’a apporté ? J’ai été marginalisé, et rien n’a changé, sinon en pire. Mon témoignage, pas plus que l’affaire Festina ou le “ Blitz de San Remo ” n’ont empêché l’opération Puerto d’éclater.

 

– Peut-on encore croire aux résultats des courses ?

– Dans les courses d’un jour, un coureur doué peut faire une bonne prestation, de là à gagner… Quand j’étais jeune, j’aimais Moser, Hinault, Saronni, je croyais aux champions. Maintenant, je ne sais plus. Le cyclisme n’arrive plus à créer des idoles, des personnages positifs pour les enfants. À chaque fois qu’il y en a un, que ce soitArmstrong, Heras ou Landis, il se retrouve impliqué dans une affaire de dopage.

 

– Où en êtes-vous sur le plan professionnel ?

 – J’aimerais qu’une équipe Pro Tour me donne la possibilité de courir le Tour l’an prochain, pour finir ma carrière dignement. Ce n’est peut-être qu’un rêve, mais ce serait un signal fort, dans un milieu qui m’a exclu injustement pour des choses que je n’avais pas inventées. »

 

PHILIPPE BRUNEL (Journal L'Equipe)

Publié le 18/05/2007 à 18h38 dans Insolite

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