PASSION VELO BLOG : Tout sur le Tour de France et la pratique du cyclisme

Le site Cyclismag fait partie de ces sites qui sortent des dossiers qui éclairent les passionnés et le grand public. Aujourd'hui, et à la suite de la révélation du controle positif sur l'échantillon A de Vinokourouv, Passionveloblog souhaite mettre en lumière le formidable article écrit par le site Cyclismag. Les rédacteurs et les spécialistes auraient semble t il réussi à mettre en évidence que les performances réalisées par les meilleurs du Tour de France cette année sont hors du commun, et pour ainsi dire "inhumaines" !

 

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Gerdemann au Grand Bornand, Rasmussen à Tignes et enfin Soler à Briançon ont remporté les trois étapes des Alpes. Mayo, Contador, Valverde, Evans et Moreau se sont également mis en évidence sur ces grands cols alpestres. Des performances équivalentes aux dernières années.

Collaboration de Frédéric Portoleau

7ème étape, Bourg en Bresse-Le Grand Bornand, 197.5 km

Premier contact avec la montagne en Haute Savoie : le col de la Colombière. Escaladé par son versant nord, le plus difficile, il constitue un obstacle redoutable de 17 km à 6,5% de moyenne. Les pentes fortes se situent à la fin du col après le lieu-dit le Reposoir, à 8 km du sommet. La déclivité atteint les 10% de moyenne sur les deux derniers kilomètres.

L'échappée matinale de 14 coureurs entame l'ascension à Scionzier, avec une avance de 4'20'' sur le peloton emmené par Cancellara la maillot jaune. Au Reposoir, à la suite du seul passage de récupération, Gerdemann et Fofonov sont en tête avec 30 secondes d'avance sur De La Fuente, Gutierrez et Landaluze. Le peloton a encore perdu du terrain, et passe avec un retard de 4'55''.

Le jeune Allemand de 24 ans, Gerdemann, passe seul en tête au sommet. Sa puissance moyenne est de 392 watts sur l'ensemble du col. Il a réussi à maintenir le même rythme jusqu'au sommet avec 388 watts de moyenne sur la partie difficile depuis le Reposoir. A l'arrière, le Colombien Soler démarre au Reposoir, personne ne cherche à le suivre. Il développe plus de 450 watts de moyenne sur les 8 derniers kilomètres. Les favoris du Tour effectuent une fin d'ascension sur un rythme très soutenu à 420 watts. Ils restent malgré tout groupés et 26 coureurs passent ensemble.

Nous retiendrons pour cette première étape de montagne « l'exploit » athlétique du Colombien Soler : 450 watts pendant 22 minutes. Sur une durée d'effort équivalente, Basso et Armstrong avaient développés 460 watts de moyenne à La Mongie en 2004. Nous retiendrons aussi la performance collective des favoris du Tour : 26 coureurs à 420 watts. Le niveau d'ensemble est très élevé. Par comparaison avec d'autres premiers cols du Tour de France, nous avions eu 40 coureurs à 436 watts au col d'Aspin en 2004, 40 coureurs également à 430 watts en 2005 au Ballon d'Alsace. La performance de Gerdemann reste pour sa part un peu plus humaine avec 390 watts de moyenne après une longue échappée.

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8ème étape, Le Grand Bornand-Tignes, 165 km

Au cours de cette étape, le peloton devait franchir trois cols: le Cormet de Roselend, la montée de Hauteville et la montée vers la station de ski de Tignes. La particularité de la fin d'étape est l'absence de portions plates entre les cols, ce qui reste assez rare dans les Alpes, au contraire des Pyrénées.

Le début d'étape est extrêmement rapide. Un groupe d'échappées de 17 coureurs parvient à s'extirper et débute la montée du Cormet de Roselend avec une faible avance de 1'40'' sur le peloton. En tête de la course, l'Autrichien Bernard Kohl attaque. Au col de Meraillet, il a une courte avance sur Antonio Colom et Christophe Le Mével. A l'arrière, Michael Rasmussen part en contre et effectue une remontée assez spectaculaire. Rasmussen développe 406 watts de moyenne sur le col de Meraillet. Il prend trois minutes au peloton sur une portion de 12 km. Les meilleurs du groupe d'échappées ne dépassent pas les 390 watts. Le peloton qui monte nettement moins vite développe 366 watts de moyenne. Le vent assez fort ainsi qu'une pente moyenne plus basse ne nous permet pas de calculer la puissance avec précision sur la fin du Cormet de Roselend. Sur l'ensemble du col, le Danois Rasmussen réalise « l'exploit » de reprendre cinq minutes au peloton.

Le spécialiste des raids en montagne poursuit sa chevauchée dans la montée de Hauteville toujours au même rythme à 405 watts. Seuls David Arroyo et Antonio Colom parviennent à le suivre. Ils profitent en fait de l'aspiration sur les pentes modestes de la route du col du Petit Saint Bernard. A 28 km/h, elle n'est pas négligeable.

Les 3 hommes de têtes abordent la dernière ascension avec une avance conséquente de 5'50'' sur le peloton. Sans surprise, Rasmussen profite de pourcentages plus élevés au pied de la montée vers Tignes pour lâcher Arroyo et Colom. En raison du vent de face, nous ne pouvons pas évaluer la puissance de Rasmussen sur le dernier col. Avec l'hypothèse d'un vent nul, il aurait développé 370 watts. On peut raisonnablement affirmer qu'il a maintenu à peu près le même rythme jusqu'à la fin de l'étape.

A l'arrière de la course, nous assistons à la première bataille entre les favoris du Tour. Christophe Moreau est le premier à attaquer. Malgré la bagatelle de sept démarrages, il ne réussit pas à partir seul. Iban Mayo accélère aussi plusieurs fois dans la première partie de la montée avant le barrage du lac du Chevril. Le vent de face est moins prononcé sur la dernière partie du col. Nous changeons en fait de vallée après le barrage pour aller en direction du Sud Ouest vers Tignes. Iban Mayo parvient à partir seul. Il développe 440 watts pendant 9 minutes. Moreau, Valverde, Schleck, Kashechkin et Evans « poussent » pour leur part 427 watts.

Pour un type d'effort style « raid de montagne », Rasmussen a montré sur cette étape un potentiel supérieur à ce qu'il avait réalisé en 2005 dans les Vosges et l'année dernière à La Toussuire. Il a réussi à se maintenir environ deux heures, si on additionne le total des montées, à 400 watts de moyenne. Par comparaison, c'est mieux aussi que les grandes échappées de Virenque en 1994 ou 1995. Richard Virenque concédait en moyenne sur chaque ascension 20 watts à Rasmussen.

Nous retiendrons de cette étape aussi le final rapide d'Iban Mayo à 440 watts ainsi que le potentiel de récupération musculaire assez incroyable après chaque démarrage pour un coureur comme Moreau. Il faut savoir qu'en puissance instantanée, les meilleurs coureurs professionnels dépassent souvent les 1000 watts pour des accélérations en cours d'étapes. De plus dans les ascensions, après chaque attaque, le coureur doit reprendre le rythme de la course à 400 watts ou plus. Sur le plat, la récupération dans les roues est un plus aisée. Christophe Moreau a réalisé sur Tignes une lourde séance de fractionné.

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9ème étape, Val d'Isère-Briançon 159.5 km

Cette étape emprunte la route des Grandes Alpes avec le col de l'Iseran puis le col du Galibier depuis Saint Michel de Maurienne. Au menu, la « face nord » du Galibier avec ses 30km d'ascension et ses 2100m de dénivellation. Un des cols les plus difficile de France.

Le col de l'Iseran est gravi relativement tranquillement par le peloton dans les premiers kilomètres : 337 watts de moyenne pendant 15 minutes. Ce rythme convient aux sprinters. Tom Boonen, le maillot vert arrive à suivre. Arrieta a été le premier attaquant. Il est vite dépassé par Popovych. Ce dernier prend rapidement une minute d'avance. Puis Soler part en contre pour effectuer une fin de col assez rapide à 380 watts. Lefèvre est le seul à pouvoir le suivre. Popovych passe seul au sommet avec 28 secondes d'avance sur ses deux poursuivants. Le peloton qui a aussi accéléré a 50 secondes de retard au grand prix de la montagne. Popovych a développé 370 watts de moyenne sur l'ensemble du col, le peloton 360 watts. Le rythme est déjà soutenu pour un col de début d'étape et qui culmine à plus de 2700m.

Une échappée se constitue dans la vallée de la Maurienne. Au pied de l'enchaînement Télégraphe-Galibier, son avance est de 3min20s. La montée du Télégraphe est effectuée assez rapidement par le peloton et l'échappée. A l'avant Astarloza, attaque et passe seul en tête au sommet du col. Un groupe avec Popovych et Gusev accuse 22 secondes de retard. Astarloza vient de gravir l'ensemble du Télégraphe à une puissance moyenne de 390 watts.

A l'arrière, le Colombien Soler sort du peloton à 3,5 km du sommet. Comme dans la Colombière, personne ne prend sa roue. Il réalise le meilleur temps de la montée du Télégraphe en un peu plus de 32 minutes. Il dépasse les 400 watts de moyenne sur l'ensemble du col. Soler ne relâche pas son effort dans les premières pentes du Galibier. Il rejoint tous les échappés de la vallée à 10,5 km du sommet dans les lignes droites avant Plan Lachat. Il vient de leur reprendre 3 minutes en 11 km de montée (3,5 km dans le Télégraphe plus 7,5 km dans le Galibier).

Le festival du Colombien n'est pas terminé. Il prend définitivement la tête de la course après Plan Lachat où le peloton des favoris accuse un retard de 2'40''. Soler maintient une puissance moyenne de 400 watts jusqu'au sommet. Il ne faibli pas malgré la longueur du col. Dans le groupe des favoris, Valverde attaque trois fois et provoque la sélection. Un groupe de costauds se forme. Ils ne sont plus qu'une dizaine ensemble aux Granges du Galibier à 2300m d'altitude. Moreau a du mal à suivre. Contador attaque à son tour et part avec Evans qu'il lâchera un peu plus haut. Malgré une altitude supérieure à 2500m, il développe 415 watts pendant 12 minutes jusqu'au sommet du Galibier. Il rejoint son coéquipier Popovych mais son retard au grand prix de la montagne sur Soler est de 2'09''.

Sur l'ensemble du col du Galibier, Soler a été le plus rapide. Nous ne connaissons pas son temps exact, son passage à Valloire n'a pas été retransmis. Nous estimons son temps à 48 minutes environ. Le Colombien a probablement battu le record de Marco Pantani: 48min20s en 1998. Sur l'enchaînement Télégraphe-Galibier, là nous sommes sur: Soler fait mieux que Pantani en 1998 avec un temps de 1h25'45'' pour 35 km à 24,5 km/h. Pantani avait fait 1mim05s de plus lors de l'étape qui se terminait aux Deux Alpes. Les conditions de course était meilleures cette année sans être optimales (vent de face en haut). En 1998, il fallait affronter la pluie et le froid.

Soler à la différence de ses illustres compatriotes Herrera ou Parra est capable de rouler fort également dans les vallées. C'est un grand gabarit assez profilé sur son vélo. Entre Le Monétier les bains et Villeneuve, sur une route large en légère descente, il réussi à se maintenir seul face au vent à 50 km/h puis à 47 km/h jusqu'à Saint Chaffrey. Ses qualités de rouleur lui permettent de conserver assez d'avance pour remporter l'étape à Briançon.

Nous retiendrons de cette étape le raid magistral de Soler: 63 km en solitaire. Des capacités physiques étonnantes pour un coureur de 24 ans alors qu'il n'a qu'une seule référence chez les professionnels dans une étape de cols avant ce Tour de France: une deuxième place dans une étape de montagne du Tour de Burgos en 2006 à 21 secondes d'Iban Mayo.
Contador a montré également de grandes capacités d'accélération sur le haut du Galibier. Contrairement à Soler, ce n'est pas une surprise. Il confirme sur le Tour de France ce qu'il a fait par exemple sur Paris-Nice en début de saison. Il gagne aussi régulièrement des étapes de montagne sur des courses à étapes d'une semaine depuis 2005.

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BILAN DES ALPES :
Avec ce qu'ont montré Soler, Rasmussen et Contador, et à un degré moindre, Mayo, Evans, Valverde et Moreau, le niveau des meilleurs en montagne sur ce Tour semble être équivalent à celui de ces dernières années. Nous attendrons les Pyrénées pour tirer un bilan définitif. Nous avons besoin de données complémentaires sur des arrivées en altitude.
Parmi les favoris, Valverde a été présents tous les jours sans reproduire sa montée de Courchevel de 2005 à 450 watts. Evans n'a jamais été aussi fort dans un grand Tour. Il est loin le coureur qui avait eu une défaillance, au Tour d'Italie 2002, le maillot rose sur le dos. Klöden, Sastre, Pereiro et Leipheimer semblent avoir une condition physique à peu près équivalente à l'année dernière.

Les Français :
Les Français sont comme d'habitude assez combatifs avec beaucoup de présence dans les échappées matinales même lors des étapes de montagne. Christophe Moreau est un peu l'exception dans la mesure où il est le seul capable de suivre les meilleurs grimpeurs quand la puissance moyenne dépasse les 400 watts.
Les autres se retrouvent au second échelon de course, en réalisant tout de même de bonnes performances: Laurent Lefèvre, 5ème de l'étape du Grand-Bornand et 2ème en haut de l'Iseran devant Soler.
Christophe Le Mével, Stéphane Goubert et Thomas Voeckler ont été présents dans la bonne échappée de l'étape de Tignes mais ils ont rétrogradé sur la fin. Le Mével a fait au passage une très bonne montée du Cormet de Roselend.
Patrice Halgand et Stéphane Goubert finissent dans groupe Vinokourov à Briançon après une montée honorable du Galibier. John Gadret n'a pas pu reproduire ses performances du Tour d'Italie 2006 ou des Tours de Romandie et de Catalogne 2007.
L'année dernière, nous avions en plus de Moreau, Cyril Dessel qui pouvait dépasser les 400 watts sur certains cols.

(*)Etalon de 78 kg avec vélo Nous ne calculons pas la puissance réelle développée par les coureurs. Celle-ci dépend entre autre de la masse à élever pour vaincre la pente. Le poids des coureurs n'est pas toujours connu avec précision le jour de la mesure. Ils peuvent se déshydrater en cours d'étape et perdre quelques kilogrammes. Le nombre de bidons portés est variable. Pour toutes ces raisons, nous préférons calculer la puissance d'un « coureur étalon » de 70 kg avec un équipement de 8 kg. Cette valeur est utilisée pour faire nos comparaisons.

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Mer 25 jui 2007 Aucun commentaire